L'église de Saint Antoine
Visite de l'église de Saint Antoine avec le conservateur du musée
de Pontarlier.

Si vous voulez bien suivre
le guide…
" Cette église est remarquable, constate d'emblée Joël Guiraud. "

Malgré des restaurations successives, elle a pu conserver l'essentiel de sa structure du XVIème siècle. Elle est tout à fait classique avec sa nef principale et ses deux bas côtés, voûtés d'ogives. Mais ici, l'élément le plus surprenant, le plus inhabituel, le lus extraordinaire est le maître-autel retable baroque qui n'est pas comme souvent, adossé à un tableau mais surmonté d'un immense tabernacle à degrés qui se développe quasiment jusqu'au faîte du retable dont il en dissimule en grande partie les nuées, nuages et angelots. On y retrouve bien sûr la thématique ordinaire des décors du mobilier religieux : têtes d'angelots, rinceaux de feuillages, pampres de vigne, épis de blé… enrichis d'éléments tirés de l'art gréco-romain, colonnes torses, denticules…

Dans la partie centrale, sur la porte du tabernacle tournant, une représentation, elle aussi classique dans le décor religieux : le christ en croix qui domine Jérusalem, représentée au second plan. De chaque côté, les quatre évangélistes accompagnés de leurs attributs : Saint-Mathieu et l'ange, Saint-Marc et le lion, Saint-Jean et l'aigle. En haut la vierge et Saint-Antoine. Tout au-dessus, à droite et à gauche, des reliquaires à trois niveaux. Et dans la partie sommitale du retable on peut apercevoir derrière le tabernacle, le paradis symbolisé par des nuées, des têtes d'angelots et la colombe du saint-Esprit dans les rayons éclatant du Père Eternel.

Un petit mot du baroque. Cette forme artistique qui caractérise le XVII et le XVIIIème siècle.
Né en Italie sous l'influence des Jésuites, le baroque s'est développé un peu partout, y compris dans les églises du haut Doubs qui l'ont adopté pour le décor et le renouveau du mobilier religieux et qui l'ont adapté au caractère sévère des montagnons. Le baroque est un art du théâtre. Il fallait à l'époque lutter contre la réforme protestante qui prônait un retour à l'austérité et à la pauvreté y compris dans l'ornementation et l'architecture des lieux de culte donc des églises.
Ce discours séduisait beaucoup de fidèles et l'Eglise Catholique se devait de réagir pour enrayer les départs. Elle a donc adopté, le parti inverse, pariant sur une débauche de décors, d'or et de couleurs, de nuages, d 'angelots. C'était la préfiguration du Paradis que l'Eglise voulait ainsi offrir aux fidèles en leur montrant qu'après une vie terrestre difficile, souvent dramatique que les guerres, l'insécurité, les invasions, les incendies, la mortalité infantile et les épidémies fragilisait encore, le Paradis les attendait. Et quel Paradis !
Toute cette représentation onirique du paradis était attrayante. Elle cachait e réalité la hantise de la mort, de cette mort terriblement présente au quotidien de cette époque, et l'art baroque, théâtral, monumental, art de la couleur parfois jusqu'à l'outrance, art du mouvement, parfois jusqu'au tourbillon, se voulait un art du divertissement pour que les fidèles puissent supporter leur quotidien en attendant un paradis de rêves et d'éternité.

On peut aussi rappeler ici les fantastiques décors qui accompagnaient les messes d'obsèques des grands du royaume ainsi que le grand nombre de requiems, souvent plus riches et colorés que profondes, composées à cette époque.
Dans le bas-côté à droite, sur l'autel retable latéral, une statue de Saint-Antoine avec sa clochette et le tau. A ses pieds, un coffret reliquaire, probablement utilisé pour le transport de reliques en procession. A sa droite, une sculpture de Saint-Joseph, dans la plus pure tradition de l'art dit de saint-Suplice. Dans la verrière qui éclaire cet endroit, un vitrail avec une représentation de Saint-antoine, avec cette fois son cochon.
Fort heureusement vous avez pu ou su garder ici les statues saint-sulpiciennes, ces plâtres qui, avec la réforme Liturgique des années 1970 ont malheureusement pris le chemin des antiquaires dans le meilleur des cas, de la casse dans le pire et le plus fréquent des cas !
Jeanne d'Arc, Saint-Georges terrassant le dragon, le Sacré-Cœur de Jésus, la vierge, un chemin de Croix en gravure …
Non que cela soient des œuvres extraordinaires, mais elles sont représentatives d'une époque. Elles sont le témoignage d'un goût, d'une forme de dévotion et de la foi des fidèles d'alors.
Ce qui est, a mon sens, largement suffisants pour les conserver.
Sur l'autel retable du bas coté gauche, une Vierge debout sur une moitié de globe terrestre terrassant le mal universel symbolisé par le serpent, représentation classique du XIXème siècle.
Imaginons, oui imaginons cette église Saint-Antoine, superbe je me répète, si symptomatique du baroque du haut Doubs, de ce baroque assagi - pas trop de couleurs, peu de mouvements- imaginons cette église avec un éclairage adapté associé à une œuvre musicale de l'époque : ce serait déjà le Paradis ! "

Propos recueillis par Christine Joosteens-Egret