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1965
Je venais tout juste d'être élu
maire au moi de mars
depuis l'âge de 26 ans, j'étais
au conseil. On nous avait bien proposé le comice auparavant
mais le maire en place n'y tenait pas. Quand nous avons accepté,
tout le monde y a mis du sien. Il faut dire que la manifestation
n'est pas très compliquée, la décoration
se limitait à quelques sapins placés aux bons
endroits. Notre principal soucis a été le temps
: le mois qui a précédé la réunion,
il n'y a pas cessé de pleuvoir. Heureusement, le jour
même le beau est revenu. Le ciel s 'est découvert
et le soleil a fait son apparition. Mais la terre restait
grasse et l'humidité flottait encore dans l'air.
Nous avions installé les deux cent bêtes en-dessous
de la cure de la rue Délévrat et de la départementale,
pour les repas puis le bal.
A ce moment-là, le déjeuner se faisait à
treize heures, nous avions le temps de préparer les
lieux pour le bal du soir. La présentation des bêtes
était rapide, il y avait moins de catégorie
qu'aujourd'hui. Mais cela attirait un monde fou. Il fallait
avoir l'amour du métier. La passion seule motive. Il
arrivait des vaches à pied des Pontets. Moi-même,
j'en ai amenées à Remoray. Le comice est en
quelque sorte la fête cantonale du monde agricole. De
ce fait, il apporte chaque année dans uns commune différente
une certaine vitalité qui engendrent une grande joie.
En plus, ce sont souvent des retrouvailles familiales. Une
vrai fête.
Pour le maire, c'est l'occasion de recevoir les maires des
environs, l'instituteur, le curé, les agents de la
DDA, de la DDE, de l'ONF. On remet des médailles aux
employés communaux
Et quand on est récompensé
en tant que paysan, cela fait grand plaisir. On est reconnu
comme un bon éleveur.
Jean Gresard, né en 1928
1984
Je me rappelle que dans mon discours inaugural
du repas du comice, j'étais revenu un peu sur l'histoire
de Saint Antoine (NDLR : Jean Gresard était maire de
la commune à ce moment-là). J'avais précisé
qu'un siècle auparavant, le village comptait trois
cent cinquante-cinq habitants et que les trente-huit sociétaires
produisaient au total 400 000 litres de lait.
Il faut dire qu'en cette fin du XIXème siècle,
cette forte densité de la population était due
aux besoins en main d'uvre pour la construction du fort
et du tunnel du chemin de fer.
Quatre-vingts ans plus tard, en 1962, pour l'exemple, il y
avait plus que cent cinquante-trois personnes. Le passé
n'a plus à rien à voir avec aujourd'hui. Les
comices étaient beaucoup plus simples. C'était
le maire et quelques conseillers qui prenaient les choses
en mains. La population ne se mobilisait pas comme maintenant.
Les agriculteurs plantaient les perches à la masse,
c'était leur principale aide. On mettait quelques sapins
et un peu de fleurs, une banderole aux deux entrées,
voilà en quoi constituait la décoration. Et
lors du comice, quelques bénévoles nous aidaient
pour donner les repas aux experts.
En fin de matinée, vers 13h, on allait aux monuments
aux morts déposer une gerbe. Pourquoi ? Je me suis
toujours posé la question mais je ne l'ai jamais vraiment
su. Disons que c'est un rituel.
Le 22 septembre 1984, nous avons eu un temps affreux. Le matin,
c'était à peu près correct, mais au moment
du défilé, le vent s'est mis à souffler
et la pluie est tombée. Evidemment, cela gâche
largement la fête. La buvette est tombée sous
les rafales
Les gens avaient froid et ils étaient
pressés de partir. On était vraiment à
la veille de la neige
Au repas et au bal, sous le chapiteau dressé à
coté de l'école, c'était plus détendu,
il y avait eu beaucoup de monde. Il faut dire qu'a ce moment
là, en plus des personnalités et des partenaires,
on donnait une invitation par famille au village. Ce qui se
comprend fort bien quand on sait que la majorité de
la population appartenait encore à l'agriculture.
Le comice est une fête rurale avant tout. On est plutôt
fier que cela se passe dans notre village. Un comice ne se
refuse pas. On sait très bien que tous les dix-neuf
à vingt ans c'est notre tour. Et c'est particulièrement
important de l'accueillir.
Je suis toujours resté fidèle
aux comices de Mouthe et de Pontarlier. J'aime cette ambiance,
j'aime voir les bêtes, j'aime entendre les discours.
On retrouve des connaissances, on discute de notre vie ? Que
voulez-vous c'est notre milieu. On est heureux ce jour là.
article réalisé
par Christine Joostens-Egret
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