Les comices
" Je me souviens des comices précédent à Saint Antoine… "

Denis Dubrez, né en 1921.

1929

J'étais gosse à l'époque.
J'étais un petit berger.
Comme tous mes camarades
et comme tous les enfants
de paysans, nous avions une tolérance de la part de l'éducation national pour faire notre rentré scolaire un mois après les autres.

Ce jour là, on a eu la permission d'arrêter un peu plus tôt notre travail pour venir voir les bêtes au comice.
L'exposition des vaches se déroulait le long de la route du fort, juste au-dessus de la fontaine. Il n'y avait la encore aucune construction. Le village comptait une vingtaine de fermes avec chacune 5 ou 6 bêtes. C'était une vie simple et tranquille.

1965

Je venais tout juste d'être élu maire au moi de mars… depuis l'âge de 26 ans, j'étais au conseil. On nous avait bien proposé le comice auparavant mais le maire en place n'y tenait pas. Quand nous avons accepté, tout le monde y a mis du sien. Il faut dire que la manifestation n'est pas très compliquée, la décoration se limitait à quelques sapins placés aux bons endroits. Notre principal soucis a été le temps : le mois qui a précédé la réunion, il n'y a pas cessé de pleuvoir. Heureusement, le jour même le beau est revenu. Le ciel s 'est découvert et le soleil a fait son apparition. Mais la terre restait grasse et l'humidité flottait encore dans l'air.

Nous avions installé les deux cent bêtes en-dessous de la cure de la rue Délévrat et de la départementale, pour les repas puis le bal.
A ce moment-là, le déjeuner se faisait à treize heures, nous avions le temps de préparer les lieux pour le bal du soir. La présentation des bêtes était rapide, il y avait moins de catégorie qu'aujourd'hui. Mais cela attirait un monde fou. Il fallait avoir l'amour du métier. La passion seule motive. Il arrivait des vaches à pied des Pontets. Moi-même, j'en ai amenées à Remoray. Le comice est en quelque sorte la fête cantonale du monde agricole. De ce fait, il apporte chaque année dans uns commune différente une certaine vitalité qui engendrent une grande joie. En plus, ce sont souvent des retrouvailles familiales. Une vrai fête.

Pour le maire, c'est l'occasion de recevoir les maires des environs, l'instituteur, le curé, les agents de la DDA, de la DDE, de l'ONF. On remet des médailles aux employés communaux… Et quand on est récompensé en tant que paysan, cela fait grand plaisir. On est reconnu comme un bon éleveur.

Jean Gresard, né en 1928

1984

Je me rappelle que dans mon discours inaugural du repas du comice, j'étais revenu un peu sur l'histoire de Saint Antoine (NDLR : Jean Gresard était maire de la commune à ce moment-là). J'avais précisé qu'un siècle auparavant, le village comptait trois cent cinquante-cinq habitants et que les trente-huit sociétaires produisaient au total 400 000 litres de lait.
Il faut dire qu'en cette fin du XIXème siècle, cette forte densité de la population était due aux besoins en main d'œuvre pour la construction du fort et du tunnel du chemin de fer.
Quatre-vingts ans plus tard, en 1962, pour l'exemple, il y avait plus que cent cinquante-trois personnes. Le passé n'a plus à rien à voir avec aujourd'hui. Les comices étaient beaucoup plus simples. C'était le maire et quelques conseillers qui prenaient les choses en mains. La population ne se mobilisait pas comme maintenant. Les agriculteurs plantaient les perches à la masse, c'était leur principale aide. On mettait quelques sapins et un peu de fleurs, une banderole aux deux entrées, voilà en quoi constituait la décoration. Et lors du comice, quelques bénévoles nous aidaient pour donner les repas aux experts.

En fin de matinée, vers 13h, on allait aux monuments aux morts déposer une gerbe. Pourquoi ? Je me suis toujours posé la question mais je ne l'ai jamais vraiment su. Disons que c'est un rituel.
Le 22 septembre 1984, nous avons eu un temps affreux. Le matin, c'était à peu près correct, mais au moment du défilé, le vent s'est mis à souffler et la pluie est tombée. Evidemment, cela gâche largement la fête. La buvette est tombée sous les rafales…
Les gens avaient froid et ils étaient pressés de partir. On était vraiment à la veille de la neige…

Au repas et au bal, sous le chapiteau dressé à coté de l'école, c'était plus détendu, il y avait eu beaucoup de monde. Il faut dire qu'a ce moment là, en plus des personnalités et des partenaires, on donnait une invitation par famille au village. Ce qui se comprend fort bien quand on sait que la majorité de la population appartenait encore à l'agriculture.
Le comice est une fête rurale avant tout. On est plutôt fier que cela se passe dans notre village. Un comice ne se refuse pas. On sait très bien que tous les dix-neuf à vingt ans c'est notre tour. Et c'est particulièrement important de l'accueillir.

Je suis toujours resté fidèle aux comices de Mouthe et de Pontarlier. J'aime cette ambiance, j'aime voir les bêtes, j'aime entendre les discours. On retrouve des connaissances, on discute de notre vie ? Que voulez-vous c'est notre milieu. On est heureux ce jour là.

article réalisé par Christine Joostens-Egret